Comprendre le genu varum et ses liens avec l’arthrose du genou

Le genu varum favorise l’arthrose du compartiment interne. Le Pr Cavaignac détaille les options pour préserver votre genou et votre mobilité.

Le genou varum se caractérise par un désaxage du ou des membres inférieurs qui donne aux jambes un aspect arqué vers l’extérieur. Cette déformation modifie la répartition des contraintes mécaniques sur l’articulation et accélère l’usure du cartilage, en particulier du côté interne. Le Pr Étienne Cavaignac, chirurgien orthopédiste spécialisé dans le genou au CHU de Toulouse et auteur de près de 200 publications internationales, prend en charge cette pathologie dans le cadre d’un parcours de soin complet, depuis le diagnostic jusqu’à la récupération. Que le traitement soit conservateur ou chirurgical, chaque étape est coordonnée pour offrir au patient le meilleur résultat fonctionnel possible.

Qu’est-ce que le genou varus ?

Le terme « varum » (ou « varus ») désigne une déviation de l’axe du membre inférieur. Concrètement, lorsqu’une personne se tient debout les pieds joints, ses genoux ne se touchent pas et un espace visible apparaît entre eux. L’axe mécanique de la jambe est décalé vers l’intérieur, ce qui entraîne une surcharge sur le compartiment interne (médial) du genou.

La déformation en varus du genou peut être d’origine constitutionnelle (présente depuis la croissance) ou acquise, notamment à la suite d’une arthrose progressive qui modifie les structures articulaires. Dans les deux cas, le résultat est le même : le cartilage du côté interne s’use plus vite que celui du côté externe.

Pourquoi le varus du genou favorise l’arthrose ?

Dans un genou correctement aligné, le poids du corps se répartit de façon équilibrée entre les compartiments interne et externe. Lorsqu’un désaxage en varus est présent, cette répartition est déséquilibrée :

  • Surcharge du compartiment médial : le cartilage interne supporte une pression excessive à chaque pas
  • Usure accélérée du cartilage : cette surcharge mécanique chronique entraîne une dégradation plus rapide que le vieillissement normal
  • Cercle vicieux : plus le cartilage s’amincit, plus la déformation s’aggrave, ce qui accentue encore la surcharge

C’est pourquoi de nombreux patients atteints de gonarthrose présentent un genou varum associé. La déformation est à la fois une cause et une conséquence de l’arthrose.

Les symptômes à surveiller

Les signes d’un genou arqué et qui doivent motiver une consultation spécialisée sont les suivants :

  • Douleurs sur la face interne du genou, surtout à la marche ou en montant les escaliers
  • Sensation de raideur articulaire, en particulier après une période d’immobilité
  • Déformation visible des jambes (aspect « en parenthèses »)
  • Gonflement récurrent du genou
  • Perte progressive de mobilité et difficulté à réaliser certaines activités du quotidien

Lorsque ces symptômes apparaissent, un bilan complet incluant un examen clinique et des radiographies en charge (debout, sur toute la jambe) permet de mesurer précisément l’angle de déviation et d’évaluer l’état du cartilage.

Genu varum : les traitements possibles

La prise en charge dépend du stade de la déformation, de l’état du cartilage et du profil du patient (âge, niveau d’activité, attentes). Le Pr Cavaignac propose un parcours de soin individualisé qui s’inscrit dans sa démarche Knee ACE (Knee Augmented Care Experience), combinant expertise chirurgicale, suivi numérique et coordination avec les professionnels de rééducation.

ApprocheIndications principalesObjectif
Traitements conservateurs (kinésithérapie, semelles, perte de poids)Déformation modérée, cartilage préservéRalentir l’évolution et soulager la douleur
Ostéotomie tibiale de valgisationArthrose localisée au compartiment interne non complèteRéaligner l’axe pour préserver l’articulation naturelle
Prothèse partielle (unicompartimentale)Arthrose limitée au compartiment interne, ligaments sainsRemplacer uniquement la zone usée
Prothèse totale du genouArthrose avancée, atteinte de plusieurs compartimentsRestaurer une articulation fonctionnelle et indolore

L’ostéotomie : préserver le genou naturel

Avant d’envisager une correction chirurgicale, le Pr Cavaignac propose une étape préalable qui permet au patient de tester l’effet de la future ostéotomie. Le principe est simple : une attelle de décharge en valgus est portée pendant environ un mois lors des activités quotidiennes. En simulant mécaniquement le transfert de charge que produit l’ostéotomie, cette attelle permet d’évaluer concrètement le soulagement que le patient peut attendre de l’intervention. Une étude publiée dans Knee Surgery, Sports Traumatology, Arthroscopy a montré que ce test par attelle prédisait de façon fiable le résultat postopératoire : chez les patients répondeurs, le score de douleur après l’ostéotomie ne présentait pas de différence significative avec celui obtenu sous attelle (Minzlaff et al., KSSTA, 2015).

Lorsque le patient est pleinement satisfait du confort obtenu avec l’attelle, l’ostéotomie tibiale de valgisation devient une option particulièrement pertinente. Cette intervention consiste à modifier l’angle du tibia pour réaligner l’axe de la jambe et redistribuer les contraintes sur l’ensemble de l’articulation. Le cartilage du compartiment interne, jusque-là surchargé, retrouve des conditions mécaniques favorables. L’objectif est de retarder, parfois de plusieurs années, le recours à une prothèse tout en permettant au patient de maintenir un niveau d’activité satisfaisant.

Cette approche est particulièrement adaptée aux patients jeunes et actifs chez qui l’arthrose reste localisée au compartiment médial. Le consensus ESSKA 2024 sur l’ostéotomie du genou varus dégénératif confirme d’ailleurs que les indications de cette intervention sont plus larges que celles décrites classiquement, à condition de suivre un processus de planification rigoureux (Dawson et al., KSSTA, 2024).

La prothèse : quand le remplacement devient nécessaire

Lorsque l’arthrose est trop avancée, la pose d’une prothèse de genou (partielle ou totale) permet de retrouver une mobilité fonctionnelle et de supprimer les douleurs. Le Pr Cavaignac utilise la chirurgie assistée par robot pour optimiser le positionnement de l’implant et garantir un alignement précis, adapté à l’anatomie de chaque patient.

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Vos questions

  • Le genou varum est-il toujours lié à l'arthrose ?

    Non. Un varum constitutionnel peut exister sans arthrose, notamment chez les sujets jeunes. En revanche, avec le temps, cette déformation augmente significativement le risque de développer une gonarthrose sur le compartiment interne.
  • À partir de quel âge faut-il s'inquiéter d'un genou varum ?

    Il n’y a pas d’âge précis. Dès l’apparition de douleurs internes du genou ou d’une déformation visible, un bilan radiographique en charge est recommandé pour évaluer la situation et anticiper l’évolution.
  • L'ostéotomie permet-elle d'éviter la prothèse ?

    Dans de nombreux cas, oui. En réalignant l’axe de la jambe, l’ostéotomie peut retarder la nécessité d’un remplacement articulaire de plusieurs années, tout en permettant de maintenir un niveau d’activité physique satisfaisant.
  • Peut-on reprendre le sport après une correction du genou varum ?

    Après une ostéotomie et une rééducation bien menée, la reprise d’activités sportives est tout à fait envisageable. Le protocole de rééducation est adapté en fonction de l’intervention réalisée et du sport pratiqué.