Ablation par radiofréquence des nerfs géniculés pour la douleur du genou

Lorsque l’arthrose du genou provoque des douleurs persistantes malgré les traitements habituels, l’ablation par radiofréquence des nerfs géniculés peut représenter une option thérapeutique adaptée. Au CHU de Toulouse, le Pr Étienne Cavaignac intègre cette procédure dans une prise en charge globale de la gonarthrose, adaptée au profil et aux attentes de chaque patient.

Qu’est-ce que la radiofréquence des nerfs géniculés ?

La radiofréquence est une technique qui utilise un courant électromagnétique pour produire une élévation de température ciblée au voisinage d’un nerf. Appliquée aux nerfs géniculés du genou, elle permet de créer une lésion thermique (thermocoagulation) des fibres nerveuses sensitives responsables de la transmission de la douleur articulaire. Le geste ne touche ni le cartilage, ni les ligaments, ni les structures mécaniques de l’articulation : il agit uniquement sur le signal douloureux.

Contrairement à la pose d’une prothèse ou à une ostéotomie, la radiofréquence ne vise pas à corriger l’arthrose ni à restaurer le cartilage. Elle constitue un traitement palliatif dont l’objectif est de diminuer la douleur et d’améliorer la qualité de vie lorsque d’autres approches se sont révélées insuffisantes.

À qui s’adresse ce traitement ?

L’ablation par radiofréquence des nerfs géniculés n’est pas proposée en première intention. Elle s’inscrit dans une stratégie de prise en charge progressive, après échec ou insuffisance des traitements conservateurs.

Les principales indications sont les suivantes :

  • Gonarthrose symptomatique résistante aux traitements médicamenteux, à la kinésithérapie et aux infiltrations (corticoïdes, acide hyaluronique) et patients présentant des comorbidités qui contre-indiquent ou retardent la chirurgie prothétique
  • Patients réfractaires à la chirurgie ou souhaitant repousser l’intervention
  • Douleurs persistantes après une prothèse totale de genou
  • Arthrose avancée (stade Kellgren-Lawrence 3 ou 4)

L’indication repose sur une évaluation clinique individuelle menée par le chirurgien, en tenant compte du niveau de douleur, du retentissement fonctionnel, des traitements déjà entrepris et des objectifs du patient.

Situation cliniqueRadiofréquence envisageable ?
Arthrose modérée répondant aux infiltrationsNon, pas en première intention
Arthrose avancée, échec des traitements conservateurs et contre-indication à la chirurgie prothétiqueOui, après bloc test positif
Douleurs chroniques après prothèse totale de genouOui, selon le bilan étiologique
Douleur aiguë post-traumatique du genouNon

Le bloc test : une étape préalable indispensable

Avant de réaliser l’ablation par radiofréquence, un bloc test diagnostique est systématiquement effectué. Ce bloc consiste à injecter un anesthésique local au contact des trois nerfs géniculés ciblés, sous guidage échographique. L’objectif est d’endormir temporairement ces nerfs pour évaluer leur rôle dans la douleur du patient.

Si le bloc test permet de réduire la douleur d’au moins 50 % (mesurée sur une échelle visuelle analogique), le patient est considéré comme répondeur et la procédure de radiofréquence peut être programmée. Ce résultat positif au bloc test constitue un indicateur fiable de la réponse attendue au traitement définitif. Ce protocole en deux temps, espacé de quelques jours à quelques semaines, permet de sélectionner les patients qui ont le plus de chances de bénéficier de la technique.

Le bloc test est également l’occasion d’informer le patient, de répondre à ses questions et de confirmer conjointement la pertinence de la prise en charge.

Déroulement de la procédure

L’ablation par radiofréquence des nerfs géniculés se déroule en ambulatoire, c’est-à-dire sans hospitalisation. Le patient rentre chez lui le jour même. Le déroulement est le suivant :

  • Installation et anesthésie locale : le patient est installé en salle de radiologie interventionnelle. Une anesthésie locale est réalisée au niveau des sites de ponction. Dans certains cas, une sédation légère (par exemple au MEOPA) peut être associée.
  • Positionnement des électrodes : sous guidage radioscopique ou tomodensitométrique, des électrodes fines (aiguilles de radiofréquence) sont placées au contact de chaque nerf géniculé ciblé.
  • Tests de stimulation : un test sensitif est réalisé pour reproduire la douleur habituelle du patient et confirmer le bon positionnement de l’électrode. Un test moteur permet de vérifier l’absence de nerf moteur à proximité.
  • Thermocoagulation : un courant de radiofréquence est appliqué, générant une température d’environ 80 °C pendant 90 secondes à chaque site. Cette chaleur crée une lésion ciblée sur les fibres nerveuses sensitives, interrompant la transmission du signal douloureux.
  • Retrait et surveillance : les électrodes sont retirées. Le patient est surveillé brièvement avant de quitter l’établissement.

La durée totale de la procédure est généralement de 30 à 60 minutes. L’appui et la marche sont autorisés immédiatement après le geste.

Résultats attendus et durée de l’effet

Le soulagement de la douleur apparaît progressivement dans les jours qui suivent la procédure. La littérature scientifique récente fournit des données encourageantes, tout en soulignant une variabilité des résultats selon les patients et les protocoles utilisés.

Une méta-analyse récente de 2026 a analysé les essais randomisés contrôlés par placebo portant sur différentes techniques d’ablation des nerfs géniculés. Elle conclut à une amélioration cliniquement significative de la douleur et de la fonction, avec un profil de sécurité favorable (Barreto et al., Pain Medicine, 2026).

La radiofréquence des nerfs géniculés est le traitement le mieux classé à 1, 3, 6 et 12 mois parmi les traitements comparés dans une étude représentant 2 285 patients. Les auteurs concluent à une efficacité sur les douleurs chroniques du genou pendant au moins 12 mois, avec une supériorité par rapport au placebo pendant au moins 6 mois (Quazi et al., Pain Medicine, 2025).

Dans l’étude de Lyman et al., publiée dans Pain Practice en 2022, 69 % des patients évalués à 18 mois et 63 % des patients évalués à 24 mois rapportaient encore une diminution d’au moins 50 % de leur douleur initiale. Des améliorations de la fonction et de la qualité de vie étaient également observées. Il s’agissait toutefois d’un sous-groupe de patients suivi dans le cadre d’une extension de l’étude initiale.

Ces données suggèrent donc que la radiofréquence des nerfs géniculés peut apporter un soulagement significatif chez certains patients souffrant de gonarthrose.

Effets indésirables et limites

La radiofréquence des nerfs géniculés est considérée comme une procédure à faible risque. Les effets indésirables rapportés dans la littérature sont peu fréquents et le plus souvent transitoires : douleur au point de ponction, ecchymose, sensation d’engourdissement temporaire ou de picotements au niveau du genou. Aucun effet indésirable grave n’a été rapporté dans les principales revues systématiques (Barreto et al., 2026 ; Kanjanapanang et al., 2026).

Il est important de préciser que cette technique ne traite pas l’arthrose elle-même. L’usure du cartilage continue d’évoluer, et les autres traitements (kinésithérapie, renforcement musculaire, optimisation de l’hygiène de vie) restent essentiels pour préserver au mieux la fonction articulaire. Si la douleur est associée à une raideur importante, la radiofréquence n’aura pas d’effet direct sur cette composante, mais la réduction de la douleur peut faciliter la reprise d’une rééducation active.

Place de la radiofréquence dans le parcours de soins

Au sein de l’équipe du Pr Cavaignac, la radiofréquence des nerfs géniculés s’inscrit dans un parcours de soins structuré et personnalisé pour chaque patient atteint de gonarthrose. Elle n’est jamais envisagée de manière isolée, mais comme une étape dans une prise en charge globale qui peut comprendre l’évaluation clinique initiale, les traitements non invasifs (kinésithérapie, modifications de l’hygiène de vie), les traitements mini-invasifs (infiltrations, orthobiologie), et, lorsque cela est indiqué, la chirurgie (ostéotomie, prothèse partielle ou totale).

Le choix de la stratégie thérapeutique est discuté avec le patient, en tenant compte de l’avancement de l’arthrose, des résultats des traitements précédents, des comorbidités et des objectifs personnels. Le parcours Knee ACE permet d’assurer un suivi régulier, avec des évaluations à chaque étape de la prise en charge, un monitorage numérique continu de l’évolution de la douleur et de la fonction articulaire, et une coordination avec les professionnels impliqués (radiologue interventionnel, médecin de la douleur, kinésithérapeute).

Questions fréquentes

  • La radiofréquence des nerfs géniculés est-elle douloureuse ?

    La procédure est réalisée sous anesthésie locale. Une gêne peut être ressentie lors de la stimulation de test, mais le geste en lui-même est généralement bien toléré. Une douleur légère au point de ponction peut persister quelques jours après l’intervention.
  • Peut-on bénéficier de la radiofréquence si l'on porte déjà une prothèse de genou ?

    Oui. La radiofréquence fait partie des options envisagées en cas de douleurs persistantes après une arthroplastie totale du genou, à condition que les causes mécaniques ou infectieuses aient été éliminées au préalable.
  • La radiofréquence retarde-t-elle la pose d'une prothèse ?

    Non. La procédure n’altère pas les structures articulaires et ne compromet pas une future chirurgie prothétique si celle-ci devenait nécessaire.
  • Qui réalise la procédure ?

    La radiofréquence est réalisée par un radiologue interventionnel ou un médecin de la douleur formé à cette technique, sous guidage radiologique. Le Pr Cavaignac coordonne l’indication et le suivi dans le cadre du parcours de soins global du patient.
  • Le bloc test est-il obligatoire ?

    Oui, le bloc test diagnostique est une étape indispensable. Il permet de confirmer que les nerfs géniculés sont bien impliqués dans la douleur du patient et de prédire l’efficacité de la radiofréquence. Sans bloc test positif (amélioration d’au moins 50 % de la douleur), la procédure n’est pas réalisée.