Comprendre et traiter la tendinopathie du genou

La tendinopathie du genou touche de nombreux sportifs. Le Pr Cavaignac, chirurgien à Toulouse, vous aide à la comprendre et à la soigner.

La tendinopathie du genou touche chaque année de nombreux sportifs pratiquant la course, le saut ou les sports de raquette, avec une prévalence estimée jusqu’à 20 % chez les athlètes évoluant dans des disciplines à sauts répétés comme le volley-ball ou le basket-ball.

Il s’agit d’une atteinte du tendon rotulien (le tendon qui relie la rotule au tibia), provoquée par une sollicitation répétée et excessive, d’où son surnom de « genou du sauteur ». La douleur apparaît sous la rotule, d’abord à l’effort puis, si rien n’est fait, au repos.

Le Pr Etienne Cavaignac, chirurgien du genou et spécialiste de la traumatologie du sport au CHU de Toulouse, reçoit régulièrement des sportifs confrontés à cette gêne qui, mal prise en charge, peut freiner durablement la pratique. Fort de plus de 1000 interventions du genou par an, il privilégie toujours des solutions non chirurgicales, adaptées au profil et aux objectifs de chaque patient.

Qu’est-ce que la tendinopathie rotulienne ?

Le tendon rotulien prolonge le quadriceps depuis la rotule jusqu’au tibia et joue un rôle d’amortisseur lors des sauts et des réceptions.

Une tendinopathie correspond à une souffrance progressive de ce tendon, liée à des micro-lésions qui s’accumulent plus vite que sa capacité de réparation.

Contrairement à la tendinite (une inflammation aiguë et transitoire), la tendinopathie s’installe dans la durée et associe une désorganisation des fibres de collagène et une néovascularisation (apparition de petits vaisseaux sanguins anormaux).

On parle aussi de « genou du sauteur » (jumper’s knee), fréquent chez les basketteurs, volleyeurs et coureurs.

Quelles sont les causes de la tendinopathie du genou ?

Plusieurs facteurs, souvent combinés, favorisent son apparition :

  • une augmentation trop rapide du volume ou de l’intensité d’entraînement
  • des sauts et réceptions répétés sur un sol dur
  • un déséquilibre entre la force du quadriceps et celle des ischio-jambiers
  • un manque de récupération entre les séances
  • une raideur des chaînes musculaires postérieures
  • une morphologie particulière du genou ou de la rotule

Tendinopathie du genou : les symptômes à surveiller

La douleur se situe sous la pointe de la rotule, réveillée par la palpation, la flexion prolongée ou les sauts. Elle évolue selon quatre stades cliniques (classification de Blazina), qui orientent directement la prise en charge :

StadeDouleur ressentieImpact sur le sport
Stade 1Après l’effort uniquementAucune gêne pendant la pratique
Stade 2En début d’effort, puis disparaîtPratique possible, gêne résiduelle
Stade 3Pendant et après l’effortPerformance diminuée
Stade 4Rupture ou lésion du tendonArrêt du sport nécessaire

Plus la prise en charge intervient tôt, aux stades 1 ou 2, plus les chances de récupération rapide sont élevées.

Comment le Pr Cavaignac établit le diagnostic ?

Le diagnostic repose sur un examen clinique minutieux :

  • Interrogatoire sur la pratique sportive,
  • Palpation du tendon,
  • Tests de mise en tension comme le squat sur plan incliné (decline squat test).

Une échographie complète cet examen en visualisant l’épaississement du tendon. L’IRM (imagerie par résonance magnétique) est nécessaire pour le bilan pré thérapeutique. Cette étape permet d’écarter d’autres causes de douleur antérieure du genou (syndrome fémoro-patellaire, bursite) et d’adapter le traitement au stade réel de l’atteinte.

Tendinopathie du genou : les traitements possibles

En cas de tendinopathie du genou, plusieurs traitements sont possibles.

Dans l’immense majorité des cas, la tendinopathie rotulienne se traite sans chirurgie, grâce à :

  • l’adaptation temporaire de la charge sportive
  • des exercices excentriques (contraction du muscle pendant son étirement), traitement de référence
  • une rééducation encadrée par un kinésithérapeute spécialisé
  • des ondes de choc extracorporelles dans les formes résistantes
  • parfois des infiltrations de plasma riche en plaquettes (PRP) ou de corticostéroïdes

Les résultats de cette approche progressive s’observent sur plusieurs semaines à plusieurs mois.

La chirurgie n’est envisagée qu’après l’échec d’un traitement conservateur bien conduit pendant au moins 4 mois, ou en cas de rupture du tendon. Elle consiste à détruire la micro vascularisation qui alimente l’inflammation grâce à un repérage échographique de celle-ci pendant la chirurgie. C’est une approche mini-invasive qui permet d’accélérer le retour au sport.

Tendinopathie du genou : quelle est la durée de récupération ?

Une tendinopathie prise en charge tôt peut s’améliorer en 6 à 8 semaines, tandis qu’une forme installée depuis plusieurs mois demande souvent 3 à 6 mois de rééducation. Après une éventuelle chirurgie, la reprise du sport avec sauts ou pivots s’envisage entre 4 et 6 mois, avec un renforcement progressif du quadriceps.

Comment prévenir la tendinopathie rotulienne ?

Quelques mesures réduisent nettement le risque d’apparition ou de récidive :

  • planifier une progression raisonnable des charges d’entraînement
  • intégrer un renforcement excentrique du quadriceps en prévention
  • soigner l’échauffement et les étirements des chaînes postérieures
  • alterner les surfaces d’entraînement et limiter les sols trop durs
  • écouter les premiers signaux de douleur sans les ignorer

Questions fréquentes sur la tendinopathie du genou

  • La tendinopathie rotulienne peut-elle guérir sans traitement ?

    Rarement de façon complète si la charge sportive n’est pas adaptée, avec un risque de chronicisation de la douleur.
  • Peut-on continuer le sport avec une tendinopathie du genou ?

    Aux stades 1 et 2, oui, avec une charge adaptée. Aux stades plus avancés, une réduction ou un arrêt temporaire devient nécessaire.
  • Faut-il toujours opérer une tendinopathie rotulienne ?

    Non, la chirurgie reste réservée aux formes qui résistent à plusieurs mois de traitement conservateur ou aux ruptures tendineuses.